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Véhicule militaire belge : Griffon, Jaguar et programme CaMo

Découvrez les véhicules militaires belges Griffon et Jaguar : caractéristiques, programme CaMo, budget, calendrier de livraison et assemblage à Staden.

Véhicule blindé à roues traversant un terrain d'exercice militaire

Depuis 2018, la Belgique renouvelle en profondeur les véhicules de sa Force Terrestre. Deux blindés à roues occupent le centre de ce chantier, le Griffon et le Jaguar, achetés à la France dans le cadre du partenariat CaMo (Capacité Motorisée).

Ces engins remplacent progressivement des matériels vieillissants comme le Piranha et le Dingo. Le premier Griffon belge est sorti d'usine à Staden en juillet 2025, et les livraisons vont s'étaler jusqu'en 2030. La montée en puissance est réelle, mais elle demande du temps.

Passez de l'autre côtéCe matériel vous fascine ? L'armée belge recrute pour le servir.

Le sujet dépasse la simple fiche technique. Il touche au budget de la Défense, à la coopération avec la France et le Luxembourg, à la place de l'industrie belge et à l'organisation des unités. La Cour des comptes belge a d'ailleurs relancé le débat sur le coût réel du programme.

Ce guide fait le point complet. Vous y trouverez le détail des véhicules, le fonctionnement du programme CaMo, l'assemblage en Belgique, la formation des militaires, le calendrier de déploiement, les coûts et les perspectives d'avenir.

Le programme CaMo, cadre du renouveau des blindés belges

Impossible de comprendre les nouveaux véhicules militaires belges sans partir du programme qui les porte. Le CaMo structure l'ensemble des acquisitions, de la commande initiale à la formation, en passant par l'assemblage.

Un partenariat noué avec la France en 2018

En octobre 2018, la Belgique a rejoint le programme français SCORPION (Synergie du Contact Renforcé par la Polyvalence et l'Info valorisatiON) en scellant le partenariat stratégique CaMo avec la France. Cet accord prévoit l'acquisition et la gestion conjointes d'une nouvelle génération de véhicules blindés pour moderniser la composante Terre belge.

La première phase, dite CaMo 1, s'est traduite par une commande de 382 Véhicules blindés multi-rôles (VBMR) Griffon et de 60 Engins blindés de reconnaissance et de combat (EBRC) Jaguar auprès de la France. Ces deux véhicules forment le socle de la nouvelle Brigade Motorisée.

Le choix belge n'est pas seulement matériel. En s'alignant sur SCORPION, la Belgique adopte des équipements identiques à ceux de l'armée de Terre française, ce qui ouvre la voie à un travail commun bien plus poussé qu'un simple achat sur étagère.

L'interopérabilité comme objectif central

L'ambition affichée est claire. Il s'agit d'atteindre une interopérabilité complète entre l'armée de Terre française et la composante terrestre de la Défense belge, avec des unités appelées à être interchangeables.

Cette convergence ne se limite pas aux blindés eux-mêmes. Elle porte aussi sur les règles d'engagement, les doctrines d'emploi, la formation et la préparation opérationnelle des deux forces. En pratique, un peloton belge doit pouvoir s'insérer dans un dispositif français sans friction, et inversement.

Le général aviateur Frederik Vansina, chef de la Défense, résume l'enjeu pour la Belgique.

"Le partenariat CaMo transformera, pour les trente prochaines années, notre Brigade Motorisée en un outil d'une efficacité remarquable." — Général Frederik Vansina, chef de la Défense

De CaMo 1 à CaMo 3 et à l'artillerie

Le partenariat a pris de l'ampleur avec un deuxième volet. La phase CaMo 3 étend la coopération à l'artillerie, avec l'achat par Bruxelles de camions équipés d'un système d'artillerie de nouvelle génération (CAESAr NG) et de Griffon MEPAC (Mortier Embarqué Pour l'Appui au Contact).

Une troisième phase a ensuite été engagée. Elle porte sur 92 Griffon supplémentaires et sur 123 véhicules blindés multi-rôles légers (VBMR-L) Serval, ce qui élargit encore le parc.

Un accord conclu à l'été 2025 sur les retombées économiques a débloqué cette suite, après plusieurs mois de discussions liées aux critiques de la Cour des comptes belge sur des retombées jugées insuffisantes.

Le mouvement dépasse aujourd'hui le cadre franco-belge. Le Luxembourg a rejoint CaMo fin 2025 en validant l'achat de 38 Jaguar et de 16 Griffon pour un futur bataillon de reconnaissance binational belgo-luxembourgeois, attendu opérationnel entre 2028 et 2030.

Voici la ventilation des grandes phases d'acquisition.

Phase Véhicules Griffon Engins Jaguar Véhicules Serval Artillerie
CaMo 1 382 60 Planifiée
CaMo 3 (en cours d'approbation) 92 supplémentaires 123 CAESAr NG, Griffon MEPAC

Le Griffon, nouveau blindé multirôle de la Force Terrestre

Le Griffon est le véhicule le plus emblématique du renouveau belge. C'est un blindé multifonction 6×6 conçu pour transporter et soutenir les unités d'infanterie au plus près du front, avec mobilité, rapidité et protection.

Caractéristiques techniques et performances

Le Griffon pèse 24,5 tonnes en configuration de combat. Il mesure 7,58 m de long, 2,54 m de large et 2,60 m de haut pour la caisse, une hauteur qui monte à 3,5 m avec le tourelleau Hornet. Il peut transporter jusqu'à dix personnes, soit un pilote, un tireur et huit soldats au maximum.

Sa motorisation Renault développe 400 ch (300 kW). Le véhicule atteint 90 km/h sur route comme en tout-terrain, avec une autonomie de 800 km grâce à un réservoir de 400 litres. Cette base commune sert ensuite à toutes les déclinaisons du modèle.

Le tableau ci-dessous rassemble les spécifications principales.

Caractéristique Valeur
Équipage 10 (1 pilote, 1 tireur + 8 soldats max)
Longueur 7,58 m
Largeur 2,54 m
Hauteur (caisse) 2,60 m
Hauteur (avec tourelleau Hornet) 3,5 m
Garde au sol 52 cm
Masse au combat 24,5 tonnes
Masse avec surblindage 28 tonnes
Moteur Renault
Puissance 400 ch (300 kW)
Vitesse sur route 90 km/h
Vitesse tout terrain 90 km/h
Puissance massique 16,3 ch/t
Réservoir 400 ℓ
Autonomie 800 km
Armement principal Mitrailleuse 7,62 mm ou 12,7 mm + Lance-grenade 40 mm
Armement secondaire 2 Minimi + GALIX
Protections Balistique, anti-mines, EEI, incendie, NRBC

Six versions pour une seule base

L'un des grands atouts du Griffon tient à sa polyvalence. Le VBMR se décline en six versions principales, ce qui permet de couvrir de nombreux besoins avec un châssis unique.

La version transport de troupes est la plus répandue. Elle se subdivise en quatre sous-versions : FELIN (Fantassin à Équipements et Liaisons Intégrés), dédiée au combat d'infanterie ; section tireur d'élite ; MMP (Missile Moyenne Portée), équipée pour la lutte antichar avec des missiles AKERON MP ; et ravitaillement.

Viennent ensuite la version poste de commandement et d'artillerie, la version santé pour l'évacuation médicale, les versions génie pour les sapeurs, la version NRBC (Nucléaire, Radiologique, Biologique et Chimique) pour les environnements contaminés, et la version MEPAC.

Le Griffon MEPAC mérite un mot à part. Il embarque un mortier semi-automatique 2R2M de calibre 120 mm.

Le détail des variantes est présenté ici.

Version principale Sous-versions / Description Rôle
Transport de Troupes (VTT) FELIN Combat d'infanterie avec équipements FELIN
Transport de Troupes (VTT) Section Tireur d'Élite (STE) Transport spécialisé des tireurs d'élite
Transport de Troupes (VTT) MMP Lutte antichar avec missiles AKERON MP
Transport de Troupes (VTT) Ravitaillement (RAV) Approvisionnement en logistique
Poste de Commandement (EPC) VPM 81 Porte-mortier 81 mm
Poste de Commandement (EPC) VTM 120 Tracteur de mortier 120 mm
Poste de Commandement (EPC) SATCP Très courte portée air-sol (missile Mistral)
Santé (SAN) Unique Évacuation et assistance sanitaire
Génie (GEN) Avec SLA, KOP, NAVKIT Spécialité des sapeurs
Génie (ELI) Unique Maintenance et réparations
NRBC Unique Intervention en environnement contaminé
Mortier embarqué (MEPAC) Unique Appui au contact avec mortier 2R2M 120 mm

Vétronique et combat collaboratif

Ce qui distingue vraiment le Griffon des blindés qu'il remplace, c'est son électronique. Le véhicule repose sur une vétronique poussée, c'est-à-dire l'architecture embarquée de navigation, de contrôle, de communication, d'observation et de protection.

Cette vétronique impose des calculateurs à transistors, à la fois compacts et puissants. Le réseau intègre notamment le futur poste radio logiciel CONTACT et améliore les communications à l'intérieur du véhicule comme entre véhicules.

L'objectif final porte un nom précis, le combat collaboratif. Une cible détectée par un Griffon peut être traitée par l'équipage d'un EBRC Jaguar, qui reçoit les données en temps réel. Chaque équipage dispose aussi d'une image actualisée de la position des véhicules amis, elle aussi partagée en continu par le réseau.

Un officier belge a résumé cette bascule technologique en une formule.

"Ces blindés sont de véritables ordinateurs sur roues. Ils sont hyperconnectés et permettent d'obtenir et d'envoyer des données instantanément." — Major Gregory Verschueren, chef de corps de l'école d'infanterie d'Arlon

Protection et systèmes embarqués

La protection du Griffon combine plusieurs couches. Le véhicule est protégé contre les menaces balistiques, les mines, les engins explosifs improvisés (EEI), l'incendie et les risques NRBC, avec la possibilité d'ajouter un surblindage qui porte sa masse à 28 tonnes.

Les systèmes d'observation renforcent cette protection. Le Griffon embarque un système optique ANTARES développé par Thales, offrant une vue à 360°, de jour comme de nuit.

La détection des tirs complète le dispositif. Le système optronique ANTARES permet notamment de repérer un coup de feu et d'en localiser la provenance. L'équipage gagne ainsi de précieuses secondes pour réagir.

Le Jaguar, engin de reconnaissance et de combat

Le second pilier du renouveau belge est le Jaguar. Cet engin blindé de reconnaissance à six roues motrices a été conçu et construit par les entreprises françaises Arquus, KNDS France et Thales. Entré en service en 2022, il est destiné à remplacer des chars légers comme l'AMX-10 RC et l'ERC-90 Sagaie.

Fiche technique du Jaguar

Le Jaguar affiche une masse à vide de 20 tonnes et un poids total autorisé en charge (PTAC) allant jusqu'à 25 tonnes. Il mesure 7,10 m pour le châssis seul, jusqu'à 7,80 m canon compris, pour une largeur de 2,99 m et une hauteur de 2,80 m.

Sous le capot, on trouve un moteur Volvo D11 Diesel à six cylindres en ligne, d'une cylindrée de 11 litres, développant 490 ch. Il est associé à une boîte de vitesses automatique ZF à sept rapports. Le véhicule atteint 90 km/h sur route et 70 km/h en tout-terrain, avec une autonomie de 800 km assurée par un réservoir de 500 litres.

Sa protection repose sur un blindage de niveau 4 selon le STANAG 4569, la norme de protection de l'OTAN, avec un mélange d'aluminium et d'acier et des grilles anti-RPG en option. Le tableau détaille l'ensemble de ses caractéristiques.

Paramètre Valeur
Type de véhicule Véhicule blindé de reconnaissance
Équipage 3 (chef d'engin, tireur, pilote)
Longueur châssis seul 7,10 m
Longueur avec canon 7,80 m
Largeur 2,99 m
Hauteur 2,80 m
Garde au sol Jusqu'à 47 cm
Masse à vide 20 t
Masse au combat (PTAC) Jusqu'à 25 t
Blindage Niveau 4 STANAG 4569
Type de blindage Aluminium et acier, grilles anti-RPG optionnelles
Moteur Volvo D11 Diesel 6 cylindres en ligne
Puissance moteur 490 ch (360 kW)
Transmission ZF automatique 7 rapports
Vitesse sur route 90 km/h
Vitesse tout terrain 70 km/h
Puissance massique 19,6 à 24,5 ch/t
Réservoir 500 l
Autonomie 800 km
Canon principal 40 CTC 40 mm – 200 coups/min
Munitions canon 183 obus dont 63 prêts au tir
Missiles antichars 4 AKERON MP (2 prêts au tir en nacelle)
Mitrailleuse secondaire MAG 7,62 mm (400 cartouches prêtes)
Lanceurs fumigènes 12 tubes GALIX 80 mm

Un armement pensé pour la reconnaissance et le combat

Le cœur de la puissance de feu du Jaguar est son canon 40 CTC, une pièce de 40 mm à munitions télescopées tirant 200 obus par minute. Il emporte 183 obus, dont 63 immédiatement prêts au tir, et accepte plusieurs types de munitions : flèche, explosive et explosive programmable en éclatement aérien.

La capacité antichar vient compléter le canon. Le Jaguar dispose de quatre missiles AKERON MP, dont deux prêts au tir dans une nacelle, ce qui lui permet de traiter des blindés adverses à distance.

L'armement secondaire assure la défense rapprochée. Une mitrailleuse MAG de 7,62 mm, avec 400 cartouches prêtes, et douze tubes-lanceurs GALIX de 80 mm pour les fumigènes complètent l'ensemble.

Protection active et passive

Le Jaguar embarque des technologies de survie récentes. Il est doté de détecteurs d'alerte laser, de détecteurs de départ de missiles et de tirs, ainsi que d'un brouilleur radio, autant d'équipements qui l'aident à esquiver ou à contrer une menace.

Son architecture numérique s'inscrit dans SCORPION. Le véhicule est équipé d'un système d'information et de commandement (SICS) de nouvelle génération et d'une radio logicielle CONTACT, les mêmes briques que celles du Griffon, ce qui rend possible le combat collaboratif entre les deux engins.

La protection s'adapte à la mission. Elle est modulaire, par kits, et s'ajoute à des capteurs acoustiques et à une surveillance vidéo, avec une résistance aux menaces NRBC.

Commandes et utilisateurs

Le Jaguar équipe d'abord l'armée française, qui en a reçu 95 exemplaires au 31 décembre 2024 et doit en aligner 300 à l'horizon 2035. La Belgique en a commandé 60 dans le cadre du CaMo, pour des livraisons prévues entre 2025 et 2030.

Le Luxembourg a rejoint le mouvement fin 2025 avec une commande de 38 Jaguar. Le tableau ci-dessous récapitule les commandes par pays.

Pays Nombre commandé Statut livraisons Date de commande
France 300 95 livrés fin 2024, 238 en 2030, 300 en 2035 Programmation 2019-2025
Belgique 60 Livraisons 2025-2030 26 octobre 2018
Luxembourg 38 Validation décembre 2025, livraisons 2028-2030 Novembre 2024 (vote parlement)

Atelier industriel d'assemblage de véhicules militaires dans une usine

L'assemblage des Griffon en Belgique, chez MOL Cy à Staden

Le programme CaMo n'est pas qu'un contrat d'achat. Une partie de l'assemblage se fait en Belgique, ce qui en fait aussi un projet industriel et un enjeu d'emploi local.

Une usine neuve à Staden

Le 15 juillet 2025 marque une date importante. Ce jour-là, le premier véhicule blindé Griffon belge a quitté l'atelier de l'entreprise MOL Cy à Staden, en Flandre-Occidentale, en présence du chef de la Défense, le général Frederik Vansina, et du ministre Theo Francken.

Pour accueillir cette production, MOL Cy a beaucoup investi. L'entreprise a construit un atelier ultramoderne de 5 500 m² et une piste d'essai, deux infrastructures réalisées en un an seulement.

Le rôle de MOL Cy est bien défini. Les Griffon arrivent préassemblés de France, puis l'entreprise flamande installe l'équipement, termine les véhicules, les teste et applique les finitions, y compris la peinture. Thales et FN Herstal participent aussi à la finalisation des versions spécifiques.

Un transfert de savoir-faire depuis la France

Ce projet repose sur un vrai transfert de compétences. Le personnel de MOL Cy a été formé sur la ligne de production SCORPION à Roanne, afin d'importer le savoir-faire français et de le diffuser en Belgique.

Le partenariat industriel associe KNDS et l'industrie belge. Le Griffon a été développé par le consortium français SCORPION réunissant KNDS, Arquus et Thales, KNDS travaillant en étroite collaboration avec l'industrie belge pour l'assemblage final.

L'ampleur du chantier se traduit en emplois. MOL Cy, qui emploie environ 300 personnes, engage plus de 30 collaborateurs supplémentaires pour produire dix Griffon par mois. Selon Agoria, la fédération belge de l'industrie technologique, l'entreprise familiale y voit une avancée majeure.

"Malgré la différence d'échelle entre les deux entreprises, il s'agit ici d'un partenariat entre égaux." — Lieven Neuville, administrateur délégué de MOL Cy

Un calendrier de production jusqu'en 2030/31

La cadence est désormais fixée. MOL Cy vise dix véhicules par mois et doit assembler plus de 380 Griffon au cours de la période 2025-2030/31.

Ces véhicules ont une destination claire. Ils remplaceront les anciens blindés Dingo et renforceront la capacité de défense de la Belgique. La sortie du premier exemplaire, en juillet 2025, n'était donc qu'un point de départ d'un cycle de production qui s'étend sur plusieurs années.

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La formation des militaires belges au Griffon

Livrer des blindés ne suffit pas. Encore faut-il former les équipages et les cadres à les employer. La Belgique a donc intégré le Griffon très tôt dans son cursus d'infanterie.

Le Griffon à l'école d'infanterie

Depuis mars 2026, le Griffon fait partie de la formation initiale des futurs chefs de section et chefs de peloton à l'École d'infanterie de Bourg-Léopold. Pendant deux semaines, les stagiaires apprennent à intégrer ce blindé dans leur réflexion tactique avant même de rejoindre leurs unités.

L'objectif de cette séquence est un premier contact concret. Les futurs cadres, qui sortent de plusieurs mois de formation à pied, découvrent la mobilité, l'armement et les systèmes d'observation du véhicule, et apprennent à l'insérer dans une manœuvre.

Le volume de stagiaires est significatif. Quatre-vingts futurs officiers et sous-officiers d'infanterie suivent une formation de huit mois intégrant le Griffon, autour des premiers exemplaires sortis de la ligne d'assemblage de MOL Cy.

Des exercices tactiques grandeur nature

La formation passe par le terrain. Au camp Beverlo, en région flamande, les stagiaires réalisent progressions en véhicule, réactions au contact et prises de bivouac, autant d'exercices qui corrigent les erreurs les plus fréquentes.

Ces erreurs sont bien identifiées. Elles viennent souvent du positionnement du véhicule ou de son intégration dans le dispositif, difficultés logiques pour des militaires longtemps entraînés à pied. Les exercices apprennent à trouver les bonnes positions et à exploiter au mieux les caméras et les communications embarquées.

Un exercice tenu en mars 2026 illustre cette montée en puissance. Sur le terrain militaire à Arlon, une centaine de militaires, issus des écoles d'infanterie d'Arlon et de logistique de Tournai, se sont familiarisés avec ces nouveaux véhicules.

Une coopération étroite avec la France

La transformation s'appuie fortement sur l'expérience française. L'école française d'infanterie de Draguignan a envoyé une délégation, et un officier français est intégré au bureau d'études de l'infanterie belge à Stockem.

Ce bureau d'études a un rôle central. Composé de cinq militaires et d'un civil, il rédige les précis doctrinaux, évalue les tactiques, techniques et procédures, suit les conflits actuels et prospecte les technologies émergentes.

La doctrine belge évolue en conséquence. La formation modernisée sera pleinement opérationnelle à la rentrée de septembre 2026 et adopte une nouvelle doctrine fortement teintée de la doctrine SCORPION française. Pendant trois à quatre ans, l'école continuera de travailler avec le partenaire français avant de former ses stagiaires de manière autonome.

"Nous venons de franchir la ligne de départ de CaMo." — Major Grégory Verschueren, chef de corps de l'école d'infanterie belge

Le calendrier de livraison et le déploiement

Les nouveaux blindés arrivent par vagues. Comprendre le calendrier permet de mesurer où en est réellement la Force Terrestre et quand ces véhicules seront pleinement employables.

Des premières livraisons en 2025

La première étape était attendue pour la fin 2025. Selon le ministre Francken, les premiers Griffon devaient rejoindre les unités avant la fin de l'année, en apportant à la Force Terrestre et au Service médical mobilité, rapidité et protection.

Début 2026, la présence sur le terrain reste limitée mais réelle. Selon RTL, une dizaine de Griffon sont déjà en service en Belgique, à Arlon et à Tournai, où ils sont appelés à remplacer progressivement les Piranha.

Les livraisons vont s'étaler dans la durée. Elles s'échelonneront par vagues jusqu'en 2030, en parallèle de l'assemblage de plus de 380 véhicules chez MOL Cy sur la période 2025-2030/31.

Une pleine opérationnalité visée en 2027

Être livré ne signifie pas être immédiatement opérationnel. Selon RTL, les Griffon déjà présents ne seront pleinement opérationnels qu'à l'horizon 2027, le temps que les militaires terminent leur phase de formation et d'entraînement.

Cette prudence s'explique par la complexité des engins. Ce sont des véhicules de haute technologie dont l'exploitation demande une maîtrise complète, à la fois des systèmes embarqués et des nouvelles procédures tactiques.

L'ambition affichée par la Défense reste élevée. Le chef de la Défense inscrit ces véhicules dans les objectifs capacitaires fixés au sein de l'OTAN.

"Nous voulons redevenir une Défense sur laquelle on peut compter : moderne, polyvalente et prête à relever les défis de demain." — Général Frederik Vansina, chef de la Défense

Les unités destinataires

La transformation touche d'abord un bataillon précis. Le bataillon Libération, aussi appelé 5e de Ligne, est la première unité d'infanterie belge partiellement transformée par le programme CaMo.

Le parcours des stagiaires est déjà tracé. À l'issue de leur formation, ils rejoignent soit les 1re et 7e Brigades récemment réactivées, soit le Special Operations Regiment. En parallèle, les deux bataillons d'infanterie légère sont renforcés d'une compagnie d'appui autrefois absente.

L'organisation de la Brigade Motorisée évolue aussi. La Belgique a décidé de scinder sa brigade motorisée en deux unités distinctes et homogènes sur le plan linguistique, la 1re Brigade néerlandophone et la 7e Brigade francophone, chacune au même format.

La phase 3 du CaMo, Griffon et Serval supplémentaires

Le programme ne s'arrête pas à la commande initiale. Une troisième phase élargit nettement le parc et introduit un nouveau véhicule, le Serval.

92 Griffon et 123 Serval validés fin 2025

Le contenu de cette phase est désormais connu. La Belgique prévoit l'acquisition de 92 Griffon supplémentaires et de 123 véhicules blindés multi-rôles légers Serval, selon le marché public examiné par la commission des achats et des ventes militaires du parlement belge le 3 décembre 2025.

Le montant de l'opération a été chiffré. Selon L'Echo, repris par L'Opinion, cette commande de 92 Griffon et de 123 Serval auprès de sociétés françaises représente une valeur estimée à 1,15 milliard d'euros. L'information a été présentée aux parlementaires lors d'une réunion à huis clos, le 3 décembre 2025.

Cette phase confirme aussi la place de la Belgique comme client de long terme de l'industrie française. Elle intervient après l'accord de l'été 2025 sur les retombées économiques, condition posée par Bruxelles avant d'aller plus loin.

Le Serval, un blindé plus léger et polyvalent

Le Serval complète le Griffon plutôt qu'il ne le remplace. Selon L'Opinion, c'est un véhicule multirôle plus léger et plus agile, doté de quatre roues et pesant entre 15 et 17 tonnes.

Ses emplois sont variés. Il peut servir au transport de troupes, à la reconnaissance, à l'éclairage et à l'appui, et sera décliné sous plusieurs formes.

Certaines de ces déclinaisons visent des menaces nouvelles. Selon L'Opinion, le Serval devrait connaître une spécialisation plus poussée pour la défense sol-air à très courte portée, la lutte antidrone et la guerre électronique. Comme le Griffon, il est produit par KNDS. Le Luxembourg a par ailleurs validé fin 2025 l'acquisition de 16 Griffon pour le futur bataillon binational.

Le budget du programme, de 1,5 à 14,4 milliards d'euros

Le coût du CaMo a nourri un débat public en Belgique. L'écart entre le prix affiché et le coût complet a été au centre des critiques.

Un écart qui interroge

Le point de départ est le prix d'achat annoncé en 2018. Le contrat portant sur 382 Griffon et 60 Jaguar avait été présenté à 1,5 milliard d'euros.

Un rapport a changé la perspective. Selon la Cour des comptes belge, dont la VRT a publié les grandes lignes en avril 2025 alors que le document restait confidentiel, le coût réel atteindrait environ 14,4 milliards d'euros sur l'ensemble du cycle de vie des véhicules, soit vingt-cinq ans.

Cet écart s'explique par les postes non inclus au départ. La différence couvre non seulement l'achat des blindés, mais aussi le coût des munitions, l'entretien des véhicules, les frais d'exploitation et la construction de nouveaux bâtiments pour les abriter.

À titre de repère, le prix plafond fixé pour un Griffon est d'un million d'euros par unité. Le débat ne porte donc pas sur le prix d'un véhicule isolé, mais bien sur le coût global du programme dans la durée.

Maintenance et infrastructures

Le maintien en condition opérationnelle pèse lourd.

Les travaux d'infrastructure ajoutent une facture importante. Toujours selon la Cour des comptes, plusieurs casernes doivent être adaptées, notamment à Marche-en-Famenne, Bourg-Léopold et Charleroi, essentiellement pour créer ou rénover des garages.

Ces montants concernent des bâtiments neufs. Pour abriter les blindés, de nouveaux hangars sont prévus, ce qui explique une partie de l'écart entre la facture initiale et le coût complet.

La réponse du chef de la Défense

La Défense a apporté des nuances à ces chiffres. Le général Frederik Vansina, qui n'occupait pas cette fonction lors de la signature du contrat, explique que des coûts comme les munitions, la maintenance, le personnel et les instructeurs avaient bien été pris en compte en 2018, mais budgétisés ailleurs dans le budget de la Défense.

Il reconnaît toutefois une évolution des pratiques. Selon lui, pour un programme d'une telle ampleur, il est aujourd'hui préférable de déterminer un coût sur l'ensemble du cycle de vie, une approche différente de celle retenue il y a près de dix ans.

"La Cour des comptes nous demande de tenir compte du fait que pour des programmes d'une telle ampleur, il est souhaitable de déterminer un coût sur l'ensemble du cycle de vie." — Général Frederik Vansina, chef de la Défense

Les véhicules remplacés et l'histoire des blindés belges

Le Griffon et le Jaguar arrivent pour succéder à des matériels plus anciens. Ce renouvellement s'inscrit dans une longue histoire de la composante blindée belge.

Piranha et Dingo en fin de service

Deux véhicules sont directement concernés. Le Griffon est destiné à remplacer les Piranha 3C et les Dingo II au sein de la Force Terrestre belge, comme il remplace les Véhicules de l'avant blindé au sein de l'armée de Terre française.

Ce remplacement est progressif. Les Piranha et Dingo encore en service seront peu à peu relayés par les nouveaux Griffon et Jaguar entre 2025 et 2030, au rythme des livraisons et de la formation des unités.

D'autres acquisitions récentes

Au-delà des blindés du CaMo, la Force Terrestre s'est dotée d'autres véhicules ces dernières années. En 2020, la Belgique a commandé 322 véhicules tactiques légers Falcon, dérivés du JLTV américain, pour un montant de 134,7 millions d'euros selon Le Soir.

Cette acquisition rappelle que la modernisation ne se limite pas aux seuls Griffon et Jaguar. Elle touche aussi les véhicules plus légers, utiles à la mobilité tactique et au transport.

Un long héritage blindé depuis 1945

L'armée belge a connu des parcs importants par le passé. Par le passé, la Belgique s'est équipée du char Léopard 1 pour moderniser sa composante blindée.

Ces chars ont servi longtemps. Ces engins sont restés en service jusqu'en 2014, date qui marque la fin des chars lourds pour la Force Terrestre.

Le parc blindé belge a été très fourni. La Belgique privilégie aujourd'hui les blindés à roues, comme le Griffon et le Jaguar, plutôt que les chars chenillés lourds.

Le bataillon binational belgo-luxembourgeois

Le CaMo a une dimension régionale forte. Le Luxembourg s'y est associé pour bâtir une unité commune avec la Belgique, un exemple concret de mutualisation.

54 véhicules pour une unité commune

L'engagement luxembourgeois a été formalisé fin 2025. Selon le gouvernement luxembourgeois, la Belgique et le Luxembourg ont signé la commande de 54 véhicules blindés français, soit 38 Jaguar et 16 Griffon, pour la mise en place d'un bataillon binational de reconnaissance de combat d'ici 2030.

Cette coopération répond à une demande de l'OTAN. Dans le cadre du processus de planification de défense de l'OTAN, l'Alliance a confié aux deux pays la création d'un bataillon binational de reconnaissance de combat de type médian, opérationnel d'ici 2030.

Les véhicules destinés à cette unité sont détaillés dans le communiqué luxembourgeois.

Type de véhicule Nombre d'unités Désignation complète Masse (tonnes) Transmission Nombre d'occupants Armement principal
Jaguar 38 Engin blindé de reconnaissance et de combat (EBRC) 25 6×6 3 (commandant, conducteur, tireur) Canon 40 mm, lanceurs MMP, mitrailleuse 7,62 mm téléopérée
Griffon 16 Véhicule blindé multi-rôles (VBMR) 24,5 6×6 Au moins 3 (commandant, conducteur, tireur) 2 types de tourelleaux téléopérés (mitrailleuse 7,62 mm ou 12,7 mm)

Un nom ancré dans l'histoire de la cavalerie

Le futur bataillon portera un nom chargé de sens. Le futur bataillon portera un nom ancré dans l'histoire militaire belge et luxembourgeoise.

La coopération est saluée des deux côtés. Selon le gouvernement luxembourgeois, ce bataillon illustre la qualité de la relation belgo-luxembourgeoise en matière de défense et la volonté commune de renforcer la défense européenne.

Les enjeux stratégiques et l'avenir du CaMo

Le programme dépasse la seule modernisation matérielle. Il touche à la place de la Belgique dans l'OTAN, à la souveraineté industrielle et à l'avenir de la coopération européenne.

Un modèle pour la coopération européenne

Le CaMo est souvent cité comme une référence. Le général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre française (CEMAT), l'a décrit comme un modèle à suivre pour les futures coopérations européennes.

Son analyse dépasse le seul cas franco-belge. Il estimait que ce partenariat devrait faire tache d'huile sur le continent, à un moment où le besoin de coopérations capables de produire des effets concrets s'affirme. L'adhésion du Luxembourg est venue confirmer cette dynamique.

"Le partenariat CaMo est un modèle à suivre pour nos futures coopérations européennes." — Général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre française

La question des retombées économiques

Le principal point de tension concerne les retombées pour la Belgique. Selon la Cour des comptes belge, la Cour reproche au ministère de la Défense de ne pas avoir exigé assez de garanties pour concrétiser les retombées économiques, faute de clauses contraignantes.

La Défense partage en partie ce constat. Le général Vansina y voit une faiblesse de la défense européenne, où chaque pays veut vendre sans confier de travail aux autres, et estime que la Belgique a désormais intérêt à adopter une position plus ferme pour obtenir un retour économique plus important.

Le volet industriel montre déjà des résultats. Avec l'assemblage des Griffon, la Belgique renforce à la fois ses capacités militaires, sa coopération avec la France et sa souveraineté industrielle, la production de MOL Cy servant d'exemple. À plus long terme, la presse belge évoque un volume global d'achats de l'ordre de 6 milliards d'euros dans le cadre du CaMo, un chiffre qui n'a pas été confirmé officiellement.

Le VBAE, prochaine étape

Le programme prépare déjà la suite. Le 19 mai 2026, le général Patrick Justel, major général de l'armée de Terre, et le général Jean-Pol Baugnée, commandant de la composante terrestre belge, ont signé le document définissant les caractéristiques clés du futur véhicule blindé d'appui à l'engagement (VBAE).

Cette signature marque une avancée du partenariat. Le VBAE s'inscrit dans la continuité du CaMo et confirme que la coopération franco-belge se poursuit au-delà des seuls Griffon, Jaguar et Serval déjà commandés.

Foire aux questions

Quels sont les nouveaux véhicules de l'armée belge ?

L'armée belge intègre progressivement le Griffon (véhicule blindé multirôle 6×6), le Jaguar (engin blindé de reconnaissance et de combat) et bientôt le Serval (véhicule blindé multirôle léger), dans le cadre du programme franco-belge CaMo. Le premier Griffon belge est sorti d'usine le 15 juillet 2025 chez MOL Cy à Staden.

Quel est le nouveau blindé belge Griffon ?

Le Griffon est un véhicule blindé multifonction 6×6 de 24,5 tonnes, conçu pour le transport et le soutien des unités d'infanterie. Il remplace les Piranha et Dingo au sein de la Force Terrestre belge et se décline en versions transport de troupes, ambulance, poste de commandement et mortier.

Quelle est la puissance du Griffon armée ?

Le Griffon dispose d'un moteur de 400 ch offrant une vitesse de 90 km/h sur route comme en tout-terrain, avec une autonomie de 800 km. Il est armé d'une mitrailleuse de 7,62 ou 12,7 mm et d'un lance-grenade automatique de 40 mm, complétés par des protections balistique, anti-mines et anti-EEI.

Quelle est la signification du Griffon militaire ?

Dans le contexte militaire belgo-français, le Griffon désigne le Véhicule Blindé Multi-Rôles (VBMR) développé par le consortium Arquus, KNDS et Thales dans le cadre du programme SCORPION, destiné au transport et au soutien de l'infanterie au plus près du front.

Qu'est-ce que le Jaguar dans l'armée ?

Le Jaguar, ou EBRC (Engin Blindé de Reconnaissance et de Combat), est un véhicule à six roues de nouvelle génération conçu par Arquus, KNDS France et Thales. Il remplace les chars légers AMX-10 RC et ERC-90 Sagaie, et la Belgique en a commandé 60 exemplaires livrés entre 2025 et 2030.

Est-ce que la Belgique a des chars ?

La Belgique n'aligne plus de chars de combat lourds depuis le retrait du Leopard 1 en 2014 après 47 ans de service. La Composante Terre s'appuie aujourd'hui sur des blindés à roues comme le Piranha, le Griffon et le Jaguar, ce dernier pouvant évoluer vers une version armée d'un canon de 105 mm (projet Jaguar 105).

Est-ce que la Belgique a des tanks ?

Non, la Belgique ne dispose plus de chars de combat depuis le retrait du Leopard 1 en 2014. Elle mise désormais sur des véhicules blindés à roues polyvalents comme le Griffon et le Jaguar, ce dernier pouvant à terme intégrer un canon de 105 mm rapprochant ses capacités de celles d'un char léger.

La Belgique possède-t-elle des chars d'assaut ?

La Belgique ne possède plus de chars d'assaut depuis le retrait des Leopard 1 en 2014. Sa Composante Terre est aujourd'hui structurée autour de blindés à roues du programme CaMo (Griffon, Jaguar, bientôt Serval), plus légers et mobiles que des chars lourds classiques.

Quels sont les véhicules blindés hautement protégés ?

Le Jaguar affiche un blindage de niveau 4 de la norme OTAN STANAG 4569, résistant aux balles perforantes de 14,5 mm et aux éclats d'obus de 155 mm. Le Griffon offre des protections balistique, anti-mines, anti-EEI, anti-incendie et NRBC, tandis que le Dingo II a été conçu spécifiquement comme véhicule protégé contre les mines (MPPV).

La Belgique va acquérir de nouveaux véhicules blindés français pour 1-15 milliard d'euros ?

La Belgique va acheter à la France 92 blindés Griffon supplémentaires et 123 véhicules Serval pour une valeur estimée à 1,15 milliard d'euros, révélée en décembre 2025. Cette commande s'inscrit dans un plan global d'environ 6 milliards d'euros de véhicules et d'équipements auprès d'entreprises françaises dans le cadre du partenariat CaMo.

Sources

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Passez de l'autre côtéCe matériel vous fascine ? L'armée belge recrute pour le servir.